dimanche 7 février 2010

Un bon art est un art mort : la question du théâtre

Je n'aime pas le théâtre parce que j'ai toujours peur qu'on m'y prenne à partie. Qu'un acteur s'en prenne soudain à moi sans prévenir, ou même qu'il m'intègre à sa mise en scène.

Au théâtre, la frontière entre la fiction et le réel est trop mince, trop poreuse et n'assure aucune sécurité. Le cinéma vous laisse tranquille.

Il faut ajouter que j'ai découvert le théâtre dans les années 70, une époque où la participation du spectateur au spectacle était à la mode. Je n'en ai gardé aucune haine, juste quelques traumatismes (la nudité sur scène était aussi tendance).

Je me souviens quand même de Cyrano de Bergerac à la Comédie Française (qui avait migré au Palais des Congrès pour l'occasion), je pense en 1975, de ce moment où un chapeau de mousquetaire, échappé de la main d'un figurant, roulait lentement sur l'avant-scène vers le public ; de la panique qui s'empara alors de trois jeunes cadets de Gascogne, qui se jetèrent littéralement sur la chapeau avant qu'il n'atterrisse dans la salle. Je me suis longtemps demandé la cause de leur précipitation : risquaient-ils une bonne engueulade, ou même une punition ou une amende ? Où avaient-ils eux aussi peur que l'imaginaire se mêlât soudain au giscardisme des seventies ?

La rose pourpre du Caire de Woody Allen est incompréhensible : cette idée de faire sortir les personnages de l'écran n'est vraiment pas un fantasme, mais un cauchemar de cinéphile.

Dali disait je crois qu'il ne demandait qu'une chose à une statue : qu'elle ne bouge pas. Je ne demande qu'une chose à des personnages de film : qu'ils demeurent à l'écran.

2 commentaires:

anne b a dit…

Ah comme je suis d'accord! merci de dire les choses à ma place!

Jean-Baptiste Morain a dit…

Merci beaucoup, Anne, revenez quand vous voulez.