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mercredi 23 mars 2011

Les cadres

Un type au téléphone dans le métro : "Philippe, il faudrait le recadrer".

Les cinéastes cadrent, ou font cadrer.

Certains surcadrent (dixit Jean-François Rauger dans un article sur Hanabi de Kitano).

D'autres "encadrent" (dixit Godard de tous les cinéastes vivants - qu'il n'a jamais pu encadrer).

Il y a peut-être aussi les cinéastes qui recadrent. Qui recadrent les acteurs, les techniciens. Les cinéastes qui corrigent.

Quelle horreur, non ?

Ce sera sans doute le sujet d'un article que je n'écrirai jamais pour Trafic (j'en baille d'avance - pas de Trafic, de l'article).

dimanche 30 mai 2010

Y être ou ne pas y être ? (2)

La non-venue à Cannes de Godard, dont le dernier film, Film socialisme, était présenté à Un certain Regard, a déclenché quelques réactions épidermiques.

Le journaliste Ali Baddou, au Grand journal de Canal +, s'offusquait exagérément, clamant que ne pas venir à Cannes quand on y est sélectionné était comme refuser le prix Nobel. 

On comprenait toutefois que le grand crime de Godard était surtout d'avoir annulé son passage au Grand journal, annoncé depuis plusieurs semaines. Comme Lady Gaga devait également se trouver sur le plateau, on imagine Denisot et tout Canal en pleine extase puis déconvenue médiatique.

Alors Godard n'est pas venu, mais son absence a fait du bruit. Et Ali Baddou n'a rien dit du film, sinon qu'il ne l'avait pas compris. Manière peu élégante de botter en touche, mais surtout de démontrer une fois de plus que les journalistes s'intéressent davantage à Godard qu'à ses films.

Il l'a sans doute cherché, Godard, tout au long de ces années où il s'amusait à déconstruire la télévision de l'intérieur. Mais aujourd'hui, quoi qu'il fasse, qu'il vienne ou qu'il ne vienne pas, son absence/présence devient un événement médiatique. Pris dans la nasse.


dimanche 21 février 2010

Jean-Luc Godard (1)

Je revois, édités par Montparnasse, Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard filmés par Alain Fleischer, accompagnés d'une série de visio-conférences, Ensemble et séparés - Sept rendez-vous avec Jean-Luc Godard, des discussions  entre Rolle et Le Fresnoy, où viennent parler tous les "amis" de Godard : Douchet, Païni, Labarthe, les Straub, Païni, Narboni, Brenez, Cornesa, Kantcheff, Frodon... (Païni, j'exagère, ne passe qu'une seule fois, mais ça m'a paru deux fois plus long que les autres, je ne sais pas pourquoi, sans aucune méchanceté - ah si, parce que Godard ne parle quasiment pas, sauf à la fin).

C'est long, objectivement : 125 minutes + 456 minutes = 581 minutes, soit plus de 9 heures de projection, si je ne m'abuse.

J'ai pas tout regardé, j'ai sauté. Il me reste encore les Straub (j'ai gardé les cerises pour le gâteau).

J'y reviendrai (ce qui signifie sans doute que je n'y reviendrai pas).

Mais je me rends compte que j'ai beaucoup perdu : autrefois, je comprenais le Godard dans le texte.

Il a tant représenté pour moi : à la parution du Godard par Godard, en 1985, je crois, je n'ai quasiment lu que ça pendant deux ans (pauvre de moi). J'étais très dépressif à l'époque, à tel point que je ne m'en rendais pas compte. Disons que je n'arrivais absolument pas à faire se rejoindre ma réalité et mes rêves. Je ne vivais pas, je n'arrivais pas à faire quoi que ce soit en dehors de tout ce qui avait trait au plaisir. Et c'était assez horrible, de piaffer sans être capable de démarrer. Aucune volonté.

Alors je comprenais beaucoup de choses de la vie grâce à Godard et je ne risque pas de le trahir (non, le mot est trop fort), de le renier aujourd'hui, malgré tout. Pas pour lui (il s'en contrefiche heureusement), bêtement pour moi.

J'y reviendrai (air connu).