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mardi 15 janvier 2013

"Comment étudier un film ? Comment écrire ?"

"1) Trouver le centre de gravité du film, l'axe autour duquel gravite la pensée de l'auteur :  un mot, un sentiment, une métaphore.
2) Tout le reste semblera alors avoir une nouvelle signification, s'organisant autour de ce mot choisi en fonction du sentiment qu'il évoque.
3) Ne pas expliquer le film mais le revivre.
4) Remplacer la description extérieure par la communion intérieure."
François Truffaut (1932-1984), journal intime de jeunesse, novembre 1952 (cité dans le Dictionnaire de la pensée du cinéma, PUF, 2012)

samedi 24 mars 2012

Mort du scénariste italien Tonino Guerra


http://www.lesinrocks.com/cine/cinema-article/t/80446/date/2012-03-22/article/la-mort-du-scenariste-italien-tonino-guerra-1920-2012/">

vendredi 11 novembre 2011

Confidence

"Je n'aurai fait qu'enfoncer des portes qu'en plus je croyais ouvertes" me dit-il. "En fait, elles ne l'étaient pas autant que ça. C'est ce qui me rassure".

La Dolce Vita (2)




La Dolce Vita (1)





samedi 17 septembre 2011

Sans titre

Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s'accorde au regard d'un autre.

lundi 20 juin 2011

Pénible

Ce ne sont pas les opinions sur les films différentes des nôtres qui nous choquent, qui nous énervent quand nous ne les partageons pas.

C'est ce que les autres voient dans ces films et que nous ne voyons pas. Ou ne voulons pas voir.

On acceptera la formulation d'un goût ou d'un dégoût. Pas une analyse - pour limpide, précise, pertinente qu'elle soit - qui ne correspond pas à notre propre analyse.

La pire situation, pour un spectateur qui aime un film, c'est de comprendre, grâce à une analyse venue de l'extérieur, qu'il ne devrait pas l'aimer, que rien en ce film ne correspond à sa vision du monde, à l'idée qu'il se fait de ses goûts.

Parce que cette analyse remet en question la vision qu'il a de lui-même, de ses dilections, ou la vision qu'il aimerait présenter de lui à autrui.

vendredi 17 septembre 2010

Claude Chabrol


Un jour, j'ai parlé de Paul Gégauff avec Claude Chabrol (pour dire aussi beaucoup de mal du papier simpliste et idiot que lui avaient consacré les Cahiers du Cinéma dans un numéro spécial Chabrol des années 90).

Paul Gégauff (1922-1983), pour ceux qui l'ignoreraient, fut l'ami de Chabrol, de Godard, de Vadim, de Maurice Ronet ou de Johnny Hallyday, mais fut d'abord et avant tout celui de Rohmer, dès la Libération de Paris. Ecrivain chez Minuit, il devient scénariste et collabora avec Chabrol sur treize films, si je me souviens bien, dont Les Cousins, Les Bonnes Femmes, Que la bête meure, Une partie de plaisir (film rare adoré des sadomasochistes et dans lequel il jouait son propre rôle). C'était un homme de droite, une sorte de play-boy feignant issu de la bourgeoisie industrielle alsacienne. Provocateur. Il est mort assassiné par sa jeune femme, transpercé de coups de couteau un soir de Noël. L'affreux Eric Neuhoff parle de lui dans un de ses derniers bouquins - je n'ai pas lu.

En 1990, j'ai écrit un mémoire de maîtrise sur Paul Gégauff, qui m'a valu un prix. Il a circulé. Je ne m'intéresse plus à Gégauff.

Mais j'ai un jour parlé de Gégauff avec Chabrol, et il me raconta qu'il avait appris la mort de Gégauff alors qu'il se trouvait aux toilettes avec son poste de radio. Et que sa première réaction avait été physique : il avait vomi...

Voilà. Je voulais juste dire cela aujourd'hui sur Chabrol (on l'enterre tout à l'heure), non pour que vous imaginiez la scène, non pour le ridiculiser, mais parce que - c'est ça qui est bien sur les blogs, on peut écrire des phrases sans conclusion.

(Sinon, Jean-Baptiste Morain a écrit un peu vite une nécro de Chabrol dans les Inrocks. Comme d'habitude dans les papiers de ce type pas fiable, il contient au moins une erreur factuelle : Chabrol n'est pas du tout le premier à avoir écrit dans les Cahiers, puisque Rivette, au moins lui, a publié son premier article en février 1953, et Chabrol seulement en novembre 1953) :


Claude Chabrol  (1930-2010)
 « Le con ! » : c’est par ces mots qu’en 2003 Claude Chabrol avait réagi quand le hasard avait voulu que nous fussions les premiers à lui annoncer la mort du producteur Daniel Toscan du Plantier. La phrase dans sa bouche n’avait rien d’une insulte, mais quelque chose de populaire et d’affectueux.
Chabrol n’avait pas peur de déroger et allait volontiers faire son histrion dans les médias (il en avait compris tous les ressorts spectaculaires) : c’est le seul cinéaste digne de ce nom qu’on vit un soir, déjà septuagénaire, se mettre une plume dans le cul dans une émission de Fogiel ! Chabrol expliquait toujours qu’il était comme il se montrait, qu’il n’avait rien à cacher. Ah oui ? Tout son cinéma, fort noir, criait le contraire… On voulait bien croire que son goût pour la bonne chère fût réel, mais il avait suffisamment l’art et la manière de le mettre en avant, avec ses airs matois et gourmands, pour qu’on ait l’idée qu’il dissimulait pleins de tourments derrière. On sentait que sous ses divers masques de sincérité, il y avait un homme qui carburait du ciboulot, qui jetait un regard fort critique et effrayé sur le monde et l’humanité. Il riait beaucoup et c’était toujours le même océan qui était la cause de son hilarité jaune : la « connerie » humaine, si vaste et toujours recommencée, masse indistincte et opaque mêlant les vagues de la folie aux courants froids de la bêtise.
Mais le côté potache de Chabrol ne correspondait pas forcément à l’image que se font les gens d’un grand cinéaste. Conséquence : beaucoup ne le prenaient pas au sérieux. Pourtant ce fils de pharmacien parisien avait une haute idée du cinéma, et aussi du sien. Il l’eut même très tôt. Car, des futurs grands cinéastes de la « Nouvelle Vague » (Rohmer, Godard, Truffaut, Rivette), on peut dire qu’il fut souvent le premier : le premier des jeunes cinéphiles des années 50 (si l’on excepte Rohmer, plus vieux de dix ans) à écrire dans les Cahiers du cinéma d’André Bazin (dès novembre 1953). Le premier à écrire (avec Rohmer) un livre sur Hitchcock et à crier que ce cinéaste « commercial » était un génie ; le premier à devenir attaché de presse de la Fox (où ses amis lui succédèrent) et surtout, avant Truffaut et ses Quatre cents coups ou Godard et A bout de souffle, le premier de la bande des Jeunes turcs à ouvrir la voie en réalisant un long-métrage, Le Beau Serge, en 1958, interprété par deux acteurs majeurs de la Nouvelle Vague, Jean-Claude Brialy et Bernadette Lafont. Et enfin, le premier et seul cinéaste français d’après-guerre à réaliser autant de films : contre vents et marées, par tous les moyens (même les plus vils), avec des hauts et des bas (les Tigres dans les années 60, mais aussi des films d’auteur à succès dans les années 70), il enchaîna les films sans véritable pause, soit plus de 70 films (dont une bonne dizaine de téléfilms).
Toujours le premier, mais jamais d’avant-garde. Par timidité sans doute, à cause de cette lucidité exagérée qui vous oblige à l’humilité, il décida très tôt qu’il ne ferait jamais un chef d’œuvre et que – puisqu’il aimait le cinéma et faire des films par-dessus tout - il ne lui restait plus qu’à faire une œuvre, « à la Simenon, à la Balzac » dit-on toujours, accumulant les pierres les unes après les autres. C’est ce qu’il fit. Et là il ne riait plus. Dans les meilleurs moments, il dressa de la France un portrait qui restera comme l’une des meilleures photographies de notre époque : confite dans ses rites et son hypocrisie bourgeoise, qu’il savait si bien décrire, souvent avec chagrin (notamment dans les derniers). Mais, surtout, il le fit avec art, avec un souci permanent de la forme, de la composition de plan, du détail, hérité de son maître absolu qu’était Fritz Lang, sans son absolue rigueur. Mais il montrait aussi, parfois aux frontières du fantastique, la bêtise qui dirige les individus, la folie à laquelle les pousse parfois une sexualité refoulée, sans moyen d’y échapper : car s’il refusait de pénétrer les âmes (l’inconscient), il savait en mettre en scène les manifestations extérieures (souvenez-vous des regards perdus de  l’immense Stéphane Audran - son épouse et son actrice sur 25 films). Et il réalisa, contrairement à ce qu’il voulait bien dire, de vrais chef d’œuvres : Les Bonnes femmes, Que la bête meure, Le Boucher, Les Biches, La femme infidèle, Inspecteur Lavardin, La Cérémonie, et plus récemment La Demoiselle d’honneur et l’admirable La fille coupée en deux : deux films torrides qui mettaient en scène des jeunes gens (il offrit à Ludivine Sagnier, Laura Smet et Benoît Magimel leurs plus beaux rôles). Et son dernier films, très étrange, presque fragile, Bellamy, avec un Depardieu immense à nouveau. Chabrol est mort la même année qu’Eric Rohmer, le « Grand Momo » dont la disparition l’avait tant touché. Les cons !
Jean-Baptiste Morain

vendredi 10 septembre 2010

Baignade interdite


Une très longue palissade grise foncé en fibre de verre gondolée d’environ 2,50 m de hauteur entoure désormais l’entièreté de la propriété du Grand Hôtel des Bains (en français dans le texte), le palace du Lido de Venise rendu célèbre par Mort à Venise, le film de Luchino Visconti tiré en 1971 de la longue nouvelle de Thomas Mann.

Souvenez-vous : Dirk Bogarde (alias le compositeur Gustav von  Aschenbach), tout de lin blanc vêtu, panama sur la tête, les cheveux teints, un mouchoir sur la bouche pour se protéger du choléra, errait comme une âme en peine entre les colonnes de ce palais Liberty, à la recherche d’un regard de sa dernière tentation, le jeune Tazzio, Adonis autrichien [note : "Non, polonais !" rectifie Damien Pierret, merci à lui]  à boucles d’or et en maillot moulant marin…

A dire vrai, pour qui connaît le Lido et le film (très surestimé), Visconti avait pas mal triché avec la vérité géographique et urbanistique des lieux, empruntant également à l’autre palace du coin, l’Excelsior, quelques jetées sur la plage, ses cabines, et l’Adriatique (l’Hôtel des Bains ne donne pas directement sur la mer, par exemple…). Mais, dans tous les esprits, le Grand Hôtel des Bains était à Visconti ce que le Grand Hôtel de Cabourg est à Proust. Les plus grandes stars de cinéma d’hier et d’aujourd’hui, venus participer à la Mostra de Venise qui se déroule tout près, dans l’ancien casino de style mussolinien, participaient à sa renommée. 

Alors que se passe-t-il donc ? Que lui veut-on ? Tournerait-on secrètement une nouvelle version d’Hibernatus avec Berlusconi dans le rôle du héros congelé ? L’artiste Cristo aurait-il décidé de d’emballer ce monument du patrimoine cinématographique ? Rien de tout cela, hélas.

Un promoteur de Padoue a tout bêtement racheté l’Hôtel de Bains à la municipalité de Venise, qui a un  cruel besoin d’argent, pour le transformer en appartements de luxe. Les travaux de ravalement du Grand Hôtel des Bains ont visiblement commencé (on aperçoit quelques échafaudages), mais l’ensemble (le bâtiment, ses palissades, de grands parasols et des dais qu’on a laissé dressés et ouverts et qu’on aperçoit de l’extérieur) a quelque chose de mystérieux. Parfois, la nuit, on voit de vieux critiques de cinéma (la Mostra bat actuellement son plein), venir hululer devant la palissade, ivres de douleur et de Bellini. Sous Berlusconi, avec l’argent roi et fier de l’être, rêver est devenu difficile.

Jean-Baptiste Morain, notre envoyé spécial à Venise

mercredi 30 juin 2010

La main atrophiée

Mes ancêtres Morin (les autres, je ne vous le raconterai jamais) ont vécu pendant des siècles dans le sud de la Bourgogne, dans la région de Chalon-sur-Saône, en Saône-et-Loire, patrie de Nicéphore Niepce.

C'est là, sans doute dans le village de Ciel, que le nom "Morin" a connu sa plus grande révolution puisqu'il s'est vu contraint d'adopter d'une génération à l'autre un petit "a"  bizarre  - sous la main d'un secrétaire paroissial qui trouvait que ça suffisait comme ça, et qu'il devenait nécessaire de distinguer ma branche de la floppée de "Morin" qui pullulaient dans cette région giboyeuse, où l'on se régale encore aujourd'hui d'une infâme soupe de poiscailles à odeur de vase connue sous le nom rigolo de "pochouse".

Mes ancêtres Morain, après avoir été longtemps paysans, ont exercé pendant plusieurs générations le métier de charron. Ils fabriquaient et réparaient les chariots, les charrettes et leurs roues. A la fois fabricants de véhicules et garagistes, en somme.




Et puis un jour, au milieu du 19e siècle, l'une de mes ancêtres a accouché d'un petit Morain qui avait une main atrophiée. Catastrophe ! Comment en faire un charron ? L'enfant n'étant pas trop bête, on le poussa à faire des études, et c'est ainsi qu'il devint instituteur. Son fils devint lui-même instituteur. Mon grand-père devint ouvrier dans la chaudronnerie de Tournus, monta à Paris, devint contre-maître chez Wonder, rencontra une jeune femme dessinatrice industrielle qui venait de Mâcon, fit mon père avec elle, mon père devint ingénieur, conçut un premier fils avec ma mère, puis un second (moi), et nous y voici.

J'affirme que je suis la preuve vivante de la véracité des théories de Darwin. Je suis l'incarnation de la sélection naturelle. C'est parce qu'il avait un handicap que mon ancêtre a dû s'adapter au monde et en a profité pour s'élever dans l'échelle sociale. C'est parce que le monde avait évolué qu'il put aussi échanger un métier manuel contre un métier intellectuel.

Si mon ancêtre handicapé n'était pas né avec une main atrophiée, je ne serais sans doute pas là, dans la Capitale, à écrire des bêtises. Je serais peut-être garagiste à Tournus. Garagiste à Tournus... (les points de suspension veulent suggérer que je rêvasse).

Et sans la sélection naturelle, mon incapacité légendaire à résoudre des équations, qui faisait le désespoir de mon père, ne m'aurait pas obligé à m'adapter au monde qui m'entoure, à délaisser les concours d'entrée des grandes écoles d'ingénieurs (mon frère aîné combla heureusement les espérances paternelles en devenant polytechnicien) pour le spectacle et le compte-rendu des films (on fait ce qu'on peut).

Quelle évolution !

(Je ne sais pas pourquoi, mais je ne suis pas très sûr de m'être moi-même convaincu).

mercredi 26 mai 2010

Figaro toto ou "Eric Neuhoff, ce zéro au sourire si mou"

(Papier auto-censuré car jugé trop vulgaire)


Le Figaro a frappé petit en qualifiant le génial Oncle Boonmee de « Palme de l’ennui » dans une vidéo intitulée « Les nanars du 63e festival ». 


On devrait s’en irriter (le Weerasethakul nous procure un énorme et pur plaisir de cinéma – à la mesure de l’émerveillement que nous procurait un bon Disney enfants), mais on a envie de sourire. Parce que cette pique contre un cinéma sensuel et tendre relève d’un vieux réflexe de journaleux de droite. On imagine bien la scène : trois quinquagénaires replets, éreintés comme tout le monde en fin de festival, s’affalent sur la terrasse de leur hôtel devant un demi un peu chaud. Et se laissent aller à un petit dernier rototo amer pour la route : tomber dans le panneau de la vieille démagogie de droite que Roland Barthes raillait déjà dans un texte de Mythologies (« Critique muette et aveugle »), où l’écrivain dénonçait les critiques qui se vantent de ne pas comprendre un livre pour les rabaisser : tout ce qui est intelligent est suspect, tout ce que je ne comprends pas, qui échappe au « bon sens » et au « sentiment », est forcément bête et ennuyeux... Le syndrome Verdurin, qui frappa Godard, Proust ou Mme de La Fayette… 


Ce panneau-là, qui devrait clignoter au-dessus de toutes les têtes critiques, les Vitelloni du Figaro foncent tête baissée dedans parce qu’ils sont au bout du rouleau comme un acteur de Doillon à la 78e prise, parce qu’ils ignorent tout de l’histoire du cinéma (Renoir et Vigo conspués en leur temps), de Roland Barthes, de Daney, de tous ces « preneurs de tête » qui leur gâchent leur petit plaisir de beauf consommateurs de cinéma pré-mâché. 


Prenez Eric Neuhoff : on voit bien d’où il vient. D’une vieille nostalgie pour les "Hussards" (Nimier, Blondin, etc.), où on balançait des vannes faciles sur les écrivains les plus ambitieux de l’époque (qui ont triomphé depuis). Il aurait aimé être Paul Gégauff ou Roger Vadim, mais le foie ne suit pas alors il se déguise en vieux Jean Sarkozy sur le retour pour glisser des petites vannes de vieux sur les films coréens « qui sont tous nuls » et le cinéma « intello qui fait dormir », tels ces ados de boîte à bac qui ricanent en lisant Tristan et Iseult. Il a vu trois films dans sa vie, aime Truffaut, Mitchum et Tennessee Williams. Alors, entre deux hoquets, il nous sort le coup de l’ennui en feignant d’ignorer (encore un truc de droite) que l’ennui n’a jamais été un critère à l’aune duquel on puisse juger une œuvre d’art.


Il est temps, petits Figaro, de filer au dodo et de se remettre à l’eau. Le même jour, sur le site du Figaro, en regard de la vidéo des trois potaches aux yeux chargés, cette phrase de Charles Péguy : « Le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont éternelles ». Quel raseur, ce Péguy !

mercredi 19 mai 2010

Y être ou ne pas y être

C’est la question.

Irai-je à la soirée ? M’y verra-t-on ? Mon absence ne serait-elle pas plus visible que ma présence ? Louis Garrel m’avoue un jour être taraudé par ces questions et a pleine conscience de son ridicule narcissisme d’acteur mais n’arrive pas à y échapper.

Irai-je à Cannes ? Pour voir les films ou pour montrer qu’on a jugé bon que je vienne les voir ?

« Je suis devenu comédienne par hasard, on m’a forcée » avait dit Julie Depardieu devant Gérard et il n’était pas content. Pas content que les gens n’assument pas de vouloir devenir acteur. Lui, quand il était jeune, il voulait faire partie de la famille, Gabin, Blier, Carmet, Francis Blanche l’aimaient bien alors faisaient en sorte qu’il soit sur le plateau. Il le voulait, y être avec les vieux, Gérard, sur le plateau et à l’écran. Bien sûr. Gérard râlait alors Julie avait dit que oui, elle aimait ça quand même ce métier, et il disait qu’il préférait, Gérard, qu’il en avait marre de ces poses consistant à ne pas vouloir être où on est quand on y est pas si mal que ça quand même…

Avant Cannes, une année, un journaliste avait dit à tout le monde qu’il ne venait pas en sous-entendant qu’il trouvait ça nul, Cannes. Une nuit, pendant le festival, je fus réveillé par une discussion agitée dans la chambre voisine de la mienne et je reconnus distinctement la voix du journaliste parisien qui ne voulait pas se mêler à la foule de Cannes. Mais qui y était quand même descendu, une seule journée, pour y dîner avec des amis, incognito. Faisant tout pour ne pas être là mais pour que tout le monde sache au final qu’il était passé sans voir personne sinon quelques happy few.

Vous me suivez ?

samedi 15 mai 2010

C'est pas une cuve !

Je ne sais pas pourquoi je pense à cela. Je suis à Cannes pour suivre le festival.

Il y a quelques semaines, j’étais parti en vacances sans avoir eu le temps de terminer un article.

Je l’ai donc achevé sur mon lieu de vacances, dans une résidence secondaire à la campagne que j’aime beaucoup et que je connais bien.

Pendant presque deux jours, je suis resté enfermé dans ma chambre, allongé sur mon lit avec mon ordinateur, mes notes et les DVD des films du réalisateur dont je devais écrire le portrait.

J’y ai pris, je dois le dire, beaucoup de plaisir (avec toujours cette petite angoisse d’oublier l’essentiel et de se perdre dans le secondaire, qui assombrit tout ce que je fais). J’avais utilisé deux jours de congés payés pour travailler mais j’étais assez content du résultat.

Mais j’ai une famille, une épouse, des enfants. Je ne me suis pas beaucoup occupé d’eux, en dehors des heures de repas et des soirées pendant ces deux journées.

Je ne veux pourtant pas ici parler de culpabilité, ce n’est en tout cas pas le sujet que je désire aborder.

Accomplir un travail dont on est content, dont on pense qu’il n’est pas totalement inutile, stupide, inintéressant, est valorisant (je dis cela aujourd’hui, je ne l’ai pas toujours pensé).

C’est juste que je ne comprends pas très bien comment nous répartissons notre temps de vie et j’ai le sentiment partagé avec certains de mes amis de ne pas réussir à tout rationaliser, à compartimenter correctement le temps et les choses pour que tout s’emboîte. On fait ce qu'on peut. Mais ce n'est pas seulement ça.

Mon beau soucis, ici, ce sont les enfants. Que doit-on donner à ses enfants ? De quoi ont-ils besoin ? Que nous demandent-ils au fond ? De les rassurer ? De leur montrer qu’il est possible, avec de la chance, d’avoir une vie pas trop horrible tout le temps (je respire la joie, là, je le sens) ?

Ce temps que j’ai consacré avec un certain bonheur à une tâche qui me comblait tout en en la considérant comme un devoir, le leur ai-je retiré ou le leur ai-je pris ? Je crois hélas que l'équilibre des enfants dépend de celui de leurs parents. Mais je n’ai pas l’illusion qu’elle leur suffise non plus. C'est comme l'amour. C'est bien l'amour, mais bon, c'est un peu facile parfois, d'aimer, aussi.

Mes enfants ne m’ont rien reproché, je ne souffre pas réellement, ce serait exagéré de dire que je regrette de n'avoir pas consacré plus de temps à eux pendant ces deux jours. Je ne crois pas que le bonheur familial consiste à se trouver en permanence les uns avec les autres.

Je me demande juste comment employer au mieux le temps ici et maintenant. Quitte à le disperser et à le jeter par les fenêtres, d’ailleurs, le temps, s’il le faut. 

Voilà. Je suis à Cannes pour le festival de cinéma.

mercredi 28 avril 2010

Gossip

Vous me connaissez (ou ne me connaissez pas) : je n'aime pas dire du mal des gens. Toutefois...

Toujours est-il qu'un jour, pendant une projo de presse, je me suis retrouvé assis à côté d'un drôle de zozo.

Arrivé en retard, le type a commencé à rire dès la première réplique qu'il a entendue (c'était un nanar français, un bidultruc avec Kad Merad ou quelque chose dans ce genre-là). 

En réalité, très vite, j'ai compris que mon voisin avait déjà vu le film, puisqu'il connaissait déjà une bonne partie des gags et des dialogues et les annonçait à son voisin de gauche afin sans doute de la faire participer à son hilarité. Et tout le film s'est déroulé dans cette ambiance de franche potacherie. C'était d'autant plus insupportable que le film était nul, évidemment.

Bon, je coupe court, je vous donne la solution (je n'en peux plus, là). Le type en question était Michel Drucker.

Je ne sais pas quoi ajouter, je n'aurais jamais dû raconter cette histoire, elle me déprime. Pardonnez-moi.

Bonsoir (je fuis).



lundi 19 avril 2010

Un samedi après-midi chez les cousins Depardieu



Il y a quinze jours, le 3 avril précisément, nous avons interviewé ensemble, Jean-Marc Lalanne et moi, Gérard et Julie Depardieu. Ils avaient accepté de nous parler, de se parler devant nous.

Cette interview n'est pas encore parue et il n'est pas dans mes intentions d'en parler ici.

C'est juste qu'il n'y avait pas de caméra. Pas de montage. Du jeu, oui, bien sûr, mais pas de dramatisation.

Il y a quelques années, j'ai passé une journée au stade Roland-Garros, pour la seule fois de ma vie. J'y ai assisté à quatre matchs.

Je fus frappé par la rapidité des enchaînements entre les balles. A la télévision, le montage ralentit et dramatise chaque geste, les plans rapprochés sont censés nous permettre de lire les sentiments qui traversent les joueurs.

Dans la réalité, j'eux presque l'impression que les joueurs s'ennuyaient, ou plutôt qu'ils étaient blasés. Gagner, perdre, c'est leur lot quotidien depuis années, et ça ne semblait plus rien leur inspirer, sinon un fugace dégoût ou une joie vite évanouie.

Les Depardieu sont des gens certes particuliers. Mais pas plus que mes cousins - je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire.

Les cousins ont un drôle de statut. Comme on ne les connaît pas si bien que ça, on les regarde avec un peu de distance. Et puis eux continuent à vivre comme si de rien était. Ils connaissent des drames, des perte, des deuils, qui les sculptent, les marquent eux aussi, mais qui ne les empêchent pas de continuer leur existence. Et qui nous touchent moins qu'eux, même si on appartient à la même famille.

Le lieu où avait lieu l'entretien donnait sur une cour intérieure, que nous traversions pour aller d'un bâtiment, d'une pièce à l'autre. Comme si nous avions été à la campagne. Parfois, Julie et Gérard s'appelaient d'une pièce à l'autre. Par un cri.

Je retrouvai soudain des souvenirs de mon enfance, quand j'allais passer une après-midi chez mes cousins de Saint-Amour, de Pruzilly, de la Chapelle (de Guinchay), ou chez la cousine Viloutreix (celle dont on disqit qu'elle avait capté un héritage). Les adultes buvaient gentiment du rouge sans étiquette, on allait jouer dans le jardin, nous les enfants, les mouches nous taquinaient, les vignes brillaient là-bas sous le soleil, le nez piquait quand on sulfatait. La tante Lucienne avait préparé un gâteau pour le goûter.

"Ouoh !" criait l'oncle Maurice en arrivant par la chaintre. "Hé !", répondait la tante Lucienne sans lever le nez.

Je les aimais beaucoup.

dimanche 18 avril 2010

Petit éloge de l'ignorance



"Il faut avoir le courage de choisir ses ignorances", disait André Gide, je crois.

Par exemple, j'ai réussi à ce jour, par principe, à ne jamais voir un seul film d'Andrei Tarkovski. Volontairement. Je les ai tous en DVD, je n'en ai jamais ouvert aucun.

Il y a un nom de lieu qui m'a toujours fasciné, qu'on croise souvent : Cerisy-la-salle. Les colloques de Cerisy-la-salle. Foucault, Lacan, Artaud, Sade, etc. 

Je ne sais pas où ça se situe, et je ne veux pas le savoir.

J'imagine très bien l'endroit : des grandes salles dessinées par Le Corbusier ou Oscar Niemayer, le tout plongé au milieu d'une clairière. Le béton moussu, les graviers devant l'entrée, un peu de rouille. Et puis des cerisiers devant les salles de réunion aux immense baies vitrées et au plafond bas, bien sûr.




Un jour, en revenant en train de la Sarthe, je crois, une bande de joyeux et vieux barbus est montée massivement à un arrêt. Des physiciens, à les entendre. Ils revenaient d'un colloque avec des paniers pleins de cerises. 

Je crois que Cerisy-la-salle se trouve par là, un peu cachée des regards.

Je pourrais vérifier rapidement dans un atlas, sur Google, vous pourriez m'expliquer, mais je ne veux pas le savoir. Non, je préfère mon Cerisy-la-salle au vrai.

A une plus grande échelle, je connais très très bien le Brésil sans y être allé et je n'en ai nullement l'intention.

J'aime l'exotisme, le folklore. Mon Brésil est ridicule mais je l'aime.

J'aime le Paris des films hollywoodiens des années 50. Tout y est faux mais c'est assez attirant, comme lieu, ce Paris-là. On aimerait s'y trouver.

J'aime l'Europe de Lubitsch, l'Italie de Fellini, l'Espagne de Bunuel, l'Amérique d'Hitchcock, l'Inde de Lang.

Qu'importe l'horrible réalité.

jeudi 8 avril 2010

Mesure pour mesure



Jamais sans doute ces questions n'ont-elles été davantage d'actualité : comment se situer dans l'histoire du cinéma ? Où en sommes-nous ? Comment juger le cinéma d'aujourd'hui ? Faut-il lui préférer le cinéma classique (forcément hollywoodien) ?
La première réponse qui vient à l'esprit est : je n'en sais rien, et pour quoi faire d'abord ? Mais quand même, bougeons-nous un peu le postérieur.


Je connais gens de toutes sortes, ils n'égalent pas leur destin. Je connais des critiques qui pensent que la 3D est au pire une régression, au mieux sans intérêt. Que le cinéma d'aujourd'hui n'est qu'un bégaiement, une redite sans gain qualitatif de forme inventées par le passé, qu'elles soient classiques, modernes, post-modernes, post-post-modernes, a-modernes, etc.


J'en connais d'autres qui pensent que ce n'est pas de leur faute s'ils sont de notre époque, qu'ils sont bien obligés de s'intéresser à ce que font les artistes d'aujourd'hui, car c'est l'art de leur temps, et qu'il ne peut être que passionnant pour cette seule raison. Que rien n'est jamais identique.


J'aurais tendance, par caractère plus que par conviction, à être partagé entre ces deux tendances que j'ai volontiers caricaturées.


On ne peut pas passer sa vie à regretter le passé, sous prétexte qu'on ne l'a pas connu.


On ne peut pas passer sa vie à s'exalter devant tout ce qui vient de naître sous le seul prétexte que cet instant présent est forcément singulier et inédit.


Il n'y a pas de progrès dans l'art, il y a autre chose, des décalages, des décalques, des allers et retours entre le passé et le présent.


Enfin, on ne peut pas passer son temps à croire que : "Jamais sans doute ces questions n'ont-elles été davantage d'actualité".

vendredi 2 avril 2010

Nombrilisme




A longueur de temps, on entend des gens se plaindre du supposé nombrilisme du cinéma français. Outre que je ne crois pas, objectivement, que ce soit tout à fait juste, il me semble surtout que le problème n'est pas là. La question essentielle est surtout : est-il beau, ce nombril ?