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mardi 15 janvier 2013

"Comment étudier un film ? Comment écrire ?"

"1) Trouver le centre de gravité du film, l'axe autour duquel gravite la pensée de l'auteur :  un mot, un sentiment, une métaphore.
2) Tout le reste semblera alors avoir une nouvelle signification, s'organisant autour de ce mot choisi en fonction du sentiment qu'il évoque.
3) Ne pas expliquer le film mais le revivre.
4) Remplacer la description extérieure par la communion intérieure."
François Truffaut (1932-1984), journal intime de jeunesse, novembre 1952 (cité dans le Dictionnaire de la pensée du cinéma, PUF, 2012)

vendredi 11 novembre 2011

Confidence

"Je n'aurai fait qu'enfoncer des portes qu'en plus je croyais ouvertes" me dit-il. "En fait, elles ne l'étaient pas autant que ça. C'est ce qui me rassure".

samedi 17 septembre 2011

Sans titre

Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s'accorde au regard d'un autre.

dimanche 26 juin 2011

Parler pour ne rien dire

"C'est un vrai problème"
"C'est un acteur incroyable. Il est très bien"
"C'est un film de liberté et de cinéma"
"C'est pas déplaisant ni inintéressant"
"C'est très français"
Etc.
Etc
etc
...
..
.

lundi 20 juin 2011

Pénible

Ce ne sont pas les opinions sur les films différentes des nôtres qui nous choquent, qui nous énervent quand nous ne les partageons pas.

C'est ce que les autres voient dans ces films et que nous ne voyons pas. Ou ne voulons pas voir.

On acceptera la formulation d'un goût ou d'un dégoût. Pas une analyse - pour limpide, précise, pertinente qu'elle soit - qui ne correspond pas à notre propre analyse.

La pire situation, pour un spectateur qui aime un film, c'est de comprendre, grâce à une analyse venue de l'extérieur, qu'il ne devrait pas l'aimer, que rien en ce film ne correspond à sa vision du monde, à l'idée qu'il se fait de ses goûts.

Parce que cette analyse remet en question la vision qu'il a de lui-même, de ses dilections, ou la vision qu'il aimerait présenter de lui à autrui.

vendredi 10 septembre 2010

Baignade interdite


Une très longue palissade grise foncé en fibre de verre gondolée d’environ 2,50 m de hauteur entoure désormais l’entièreté de la propriété du Grand Hôtel des Bains (en français dans le texte), le palace du Lido de Venise rendu célèbre par Mort à Venise, le film de Luchino Visconti tiré en 1971 de la longue nouvelle de Thomas Mann.

Souvenez-vous : Dirk Bogarde (alias le compositeur Gustav von  Aschenbach), tout de lin blanc vêtu, panama sur la tête, les cheveux teints, un mouchoir sur la bouche pour se protéger du choléra, errait comme une âme en peine entre les colonnes de ce palais Liberty, à la recherche d’un regard de sa dernière tentation, le jeune Tazzio, Adonis autrichien [note : "Non, polonais !" rectifie Damien Pierret, merci à lui]  à boucles d’or et en maillot moulant marin…

A dire vrai, pour qui connaît le Lido et le film (très surestimé), Visconti avait pas mal triché avec la vérité géographique et urbanistique des lieux, empruntant également à l’autre palace du coin, l’Excelsior, quelques jetées sur la plage, ses cabines, et l’Adriatique (l’Hôtel des Bains ne donne pas directement sur la mer, par exemple…). Mais, dans tous les esprits, le Grand Hôtel des Bains était à Visconti ce que le Grand Hôtel de Cabourg est à Proust. Les plus grandes stars de cinéma d’hier et d’aujourd’hui, venus participer à la Mostra de Venise qui se déroule tout près, dans l’ancien casino de style mussolinien, participaient à sa renommée. 

Alors que se passe-t-il donc ? Que lui veut-on ? Tournerait-on secrètement une nouvelle version d’Hibernatus avec Berlusconi dans le rôle du héros congelé ? L’artiste Cristo aurait-il décidé de d’emballer ce monument du patrimoine cinématographique ? Rien de tout cela, hélas.

Un promoteur de Padoue a tout bêtement racheté l’Hôtel de Bains à la municipalité de Venise, qui a un  cruel besoin d’argent, pour le transformer en appartements de luxe. Les travaux de ravalement du Grand Hôtel des Bains ont visiblement commencé (on aperçoit quelques échafaudages), mais l’ensemble (le bâtiment, ses palissades, de grands parasols et des dais qu’on a laissé dressés et ouverts et qu’on aperçoit de l’extérieur) a quelque chose de mystérieux. Parfois, la nuit, on voit de vieux critiques de cinéma (la Mostra bat actuellement son plein), venir hululer devant la palissade, ivres de douleur et de Bellini. Sous Berlusconi, avec l’argent roi et fier de l’être, rêver est devenu difficile.

Jean-Baptiste Morain, notre envoyé spécial à Venise

mercredi 26 mai 2010

Figaro toto ou "Eric Neuhoff, ce zéro au sourire si mou"

(Papier auto-censuré car jugé trop vulgaire)


Le Figaro a frappé petit en qualifiant le génial Oncle Boonmee de « Palme de l’ennui » dans une vidéo intitulée « Les nanars du 63e festival ». 


On devrait s’en irriter (le Weerasethakul nous procure un énorme et pur plaisir de cinéma – à la mesure de l’émerveillement que nous procurait un bon Disney enfants), mais on a envie de sourire. Parce que cette pique contre un cinéma sensuel et tendre relève d’un vieux réflexe de journaleux de droite. On imagine bien la scène : trois quinquagénaires replets, éreintés comme tout le monde en fin de festival, s’affalent sur la terrasse de leur hôtel devant un demi un peu chaud. Et se laissent aller à un petit dernier rototo amer pour la route : tomber dans le panneau de la vieille démagogie de droite que Roland Barthes raillait déjà dans un texte de Mythologies (« Critique muette et aveugle »), où l’écrivain dénonçait les critiques qui se vantent de ne pas comprendre un livre pour les rabaisser : tout ce qui est intelligent est suspect, tout ce que je ne comprends pas, qui échappe au « bon sens » et au « sentiment », est forcément bête et ennuyeux... Le syndrome Verdurin, qui frappa Godard, Proust ou Mme de La Fayette… 


Ce panneau-là, qui devrait clignoter au-dessus de toutes les têtes critiques, les Vitelloni du Figaro foncent tête baissée dedans parce qu’ils sont au bout du rouleau comme un acteur de Doillon à la 78e prise, parce qu’ils ignorent tout de l’histoire du cinéma (Renoir et Vigo conspués en leur temps), de Roland Barthes, de Daney, de tous ces « preneurs de tête » qui leur gâchent leur petit plaisir de beauf consommateurs de cinéma pré-mâché. 


Prenez Eric Neuhoff : on voit bien d’où il vient. D’une vieille nostalgie pour les "Hussards" (Nimier, Blondin, etc.), où on balançait des vannes faciles sur les écrivains les plus ambitieux de l’époque (qui ont triomphé depuis). Il aurait aimé être Paul Gégauff ou Roger Vadim, mais le foie ne suit pas alors il se déguise en vieux Jean Sarkozy sur le retour pour glisser des petites vannes de vieux sur les films coréens « qui sont tous nuls » et le cinéma « intello qui fait dormir », tels ces ados de boîte à bac qui ricanent en lisant Tristan et Iseult. Il a vu trois films dans sa vie, aime Truffaut, Mitchum et Tennessee Williams. Alors, entre deux hoquets, il nous sort le coup de l’ennui en feignant d’ignorer (encore un truc de droite) que l’ennui n’a jamais été un critère à l’aune duquel on puisse juger une œuvre d’art.


Il est temps, petits Figaro, de filer au dodo et de se remettre à l’eau. Le même jour, sur le site du Figaro, en regard de la vidéo des trois potaches aux yeux chargés, cette phrase de Charles Péguy : « Le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont éternelles ». Quel raseur, ce Péguy !

samedi 15 mai 2010

C'est pas une cuve !

Je ne sais pas pourquoi je pense à cela. Je suis à Cannes pour suivre le festival.

Il y a quelques semaines, j’étais parti en vacances sans avoir eu le temps de terminer un article.

Je l’ai donc achevé sur mon lieu de vacances, dans une résidence secondaire à la campagne que j’aime beaucoup et que je connais bien.

Pendant presque deux jours, je suis resté enfermé dans ma chambre, allongé sur mon lit avec mon ordinateur, mes notes et les DVD des films du réalisateur dont je devais écrire le portrait.

J’y ai pris, je dois le dire, beaucoup de plaisir (avec toujours cette petite angoisse d’oublier l’essentiel et de se perdre dans le secondaire, qui assombrit tout ce que je fais). J’avais utilisé deux jours de congés payés pour travailler mais j’étais assez content du résultat.

Mais j’ai une famille, une épouse, des enfants. Je ne me suis pas beaucoup occupé d’eux, en dehors des heures de repas et des soirées pendant ces deux journées.

Je ne veux pourtant pas ici parler de culpabilité, ce n’est en tout cas pas le sujet que je désire aborder.

Accomplir un travail dont on est content, dont on pense qu’il n’est pas totalement inutile, stupide, inintéressant, est valorisant (je dis cela aujourd’hui, je ne l’ai pas toujours pensé).

C’est juste que je ne comprends pas très bien comment nous répartissons notre temps de vie et j’ai le sentiment partagé avec certains de mes amis de ne pas réussir à tout rationaliser, à compartimenter correctement le temps et les choses pour que tout s’emboîte. On fait ce qu'on peut. Mais ce n'est pas seulement ça.

Mon beau soucis, ici, ce sont les enfants. Que doit-on donner à ses enfants ? De quoi ont-ils besoin ? Que nous demandent-ils au fond ? De les rassurer ? De leur montrer qu’il est possible, avec de la chance, d’avoir une vie pas trop horrible tout le temps (je respire la joie, là, je le sens) ?

Ce temps que j’ai consacré avec un certain bonheur à une tâche qui me comblait tout en en la considérant comme un devoir, le leur ai-je retiré ou le leur ai-je pris ? Je crois hélas que l'équilibre des enfants dépend de celui de leurs parents. Mais je n’ai pas l’illusion qu’elle leur suffise non plus. C'est comme l'amour. C'est bien l'amour, mais bon, c'est un peu facile parfois, d'aimer, aussi.

Mes enfants ne m’ont rien reproché, je ne souffre pas réellement, ce serait exagéré de dire que je regrette de n'avoir pas consacré plus de temps à eux pendant ces deux jours. Je ne crois pas que le bonheur familial consiste à se trouver en permanence les uns avec les autres.

Je me demande juste comment employer au mieux le temps ici et maintenant. Quitte à le disperser et à le jeter par les fenêtres, d’ailleurs, le temps, s’il le faut. 

Voilà. Je suis à Cannes pour le festival de cinéma.

mercredi 28 avril 2010

Gossip

Vous me connaissez (ou ne me connaissez pas) : je n'aime pas dire du mal des gens. Toutefois...

Toujours est-il qu'un jour, pendant une projo de presse, je me suis retrouvé assis à côté d'un drôle de zozo.

Arrivé en retard, le type a commencé à rire dès la première réplique qu'il a entendue (c'était un nanar français, un bidultruc avec Kad Merad ou quelque chose dans ce genre-là). 

En réalité, très vite, j'ai compris que mon voisin avait déjà vu le film, puisqu'il connaissait déjà une bonne partie des gags et des dialogues et les annonçait à son voisin de gauche afin sans doute de la faire participer à son hilarité. Et tout le film s'est déroulé dans cette ambiance de franche potacherie. C'était d'autant plus insupportable que le film était nul, évidemment.

Bon, je coupe court, je vous donne la solution (je n'en peux plus, là). Le type en question était Michel Drucker.

Je ne sais pas quoi ajouter, je n'aurais jamais dû raconter cette histoire, elle me déprime. Pardonnez-moi.

Bonsoir (je fuis).



jeudi 8 avril 2010

Mesure pour mesure



Jamais sans doute ces questions n'ont-elles été davantage d'actualité : comment se situer dans l'histoire du cinéma ? Où en sommes-nous ? Comment juger le cinéma d'aujourd'hui ? Faut-il lui préférer le cinéma classique (forcément hollywoodien) ?
La première réponse qui vient à l'esprit est : je n'en sais rien, et pour quoi faire d'abord ? Mais quand même, bougeons-nous un peu le postérieur.


Je connais gens de toutes sortes, ils n'égalent pas leur destin. Je connais des critiques qui pensent que la 3D est au pire une régression, au mieux sans intérêt. Que le cinéma d'aujourd'hui n'est qu'un bégaiement, une redite sans gain qualitatif de forme inventées par le passé, qu'elles soient classiques, modernes, post-modernes, post-post-modernes, a-modernes, etc.


J'en connais d'autres qui pensent que ce n'est pas de leur faute s'ils sont de notre époque, qu'ils sont bien obligés de s'intéresser à ce que font les artistes d'aujourd'hui, car c'est l'art de leur temps, et qu'il ne peut être que passionnant pour cette seule raison. Que rien n'est jamais identique.


J'aurais tendance, par caractère plus que par conviction, à être partagé entre ces deux tendances que j'ai volontiers caricaturées.


On ne peut pas passer sa vie à regretter le passé, sous prétexte qu'on ne l'a pas connu.


On ne peut pas passer sa vie à s'exalter devant tout ce qui vient de naître sous le seul prétexte que cet instant présent est forcément singulier et inédit.


Il n'y a pas de progrès dans l'art, il y a autre chose, des décalages, des décalques, des allers et retours entre le passé et le présent.


Enfin, on ne peut pas passer son temps à croire que : "Jamais sans doute ces questions n'ont-elles été davantage d'actualité".

jeudi 4 mars 2010

Aveu d'impuissance

Je cherche ce qu'on pourrait dire de pire sur Un prophète de Jacques Audiard, et je m'aperçois que je n'en ai même pas suffisamment la haine.

Gran Torino de Clint Eastwood, c'est facile, c'est un film raciste, mais Un Prophète, à part dire que c'est un film pour les gens qui pensent comme tout le monde, qui croient que le cinéma est un art (c'est une formule, n'est-ce pas), je ne trouve pas.

Mince. Que faire ?


A lire éventuellement, quelques papiers sur ces deux films :
http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/article/un-prophete-de-jacques-audiard-ou-le-retour-du-male/
http://www.lesinrocks.com/cine/cinema-article/article/clint-eastwood-notre-bon-americain/

samedi 20 février 2010

Antonioni

J'aime les romans-photos prétentieux d'Antonioni.

Sa façon de séduire le public en jouant sur sa mauvaise conscience bourgeoise.

Sa façon de séduire les femmes bourgeoises en leur renvoyant une image d'elles-mêmes qui leur plaît. 

La photo de ses films.

Mais j'aime surtout les creux.

Les plaies et les bosses.

Les fusées qui s'envolent dans le ciel.

La lourdeur du ciel.

La pelouse bosselée.

Les plans de mur.

Chirico, Antonioni, Modiano.

La plaine du Cri.

Les statues africaines de l'Eclipse.

Le moindre mouvement de caméra fait peur, crée un suspense.

J'aime la zone.

J'aime que ce soit un peu merdique.

Je n'aime pas du tout Monica Vitti dans les films d'Antonioni.

J'aime leur évidence.

Je n'aime pas quand ça parle, sauf quand ça ne dit rien.

J'aime quand ça ne dit rien.

J'aime la fatalité.

J'aime la rencontre dans la maison de Gaudi : directe. Pas de chichis.

J'aime l'hélice dans Blow up.

J'aime Wanda de Barbara Loden chez Antonioni.


jeudi 18 février 2010

Les stagiaires de 3e

La semaine précédant les vacances, notre délicieux journal est envahi par des élèves de troisième venus effectuer un stage en entreprise.
On y retrouve un échantillon représentatif de la société française, toutes générations confondues : les boeufs, les éveillés, les curieux, les qui s'emmerdent.
Parfois, pour les distraire, on leur explique notre vie :

- Monsieur ?
- Oui ?
- Vous me racontez votre métier ?


- Bon, d'accord. On voit plein de films, on boit du champagne avec des génies, on prend le train, l'avion, le paquebot et le taxi aux frais du journal, on sniffe tout ce qui passe, on ne paye pas le cinéma, on reçoit des DVD, on est invités dans les festivals du monde entier, on dîne dans des grands restaus, on danse pieds nus sur la plage jusqu'à pas d'heure en criant des bêtises, on couche avec des belles actrices et on se la pète toutes les semaines en pourrissant tous les bellâtres musclés d'Hollywood dans nos papiers. C'est tout.
- Ouah, quel beau métier, M'sieur !
- Oui, je sais.
J'éclate en sanglots.

Kéké télé

Ma première télé. D'habitude, je refuse, j'envoie Kaganski, il adore se montrer, il a l'habitude et il parle bien. Moi non. Je suis disert et rhéteur comme Johnny Hallyday. Débonnaire comme Modiano. Cool comme Eric Besson. Je parviens à commencer des phrases, mais pas à les finir. Trop dur, le français.
Alors j'y suis allé. Taxi. Maquillage, loge, discutaillage. Sympathique, mon "adversaire" Eric Libiot de l'Express. Oui, c'est ma première fois, merci de votre aide. Re-maquillage, stress, une banane pour se nourrir, je m'assois sur le plateau, re-maquillage (je me sens ver luisant). Bonjour Monsieur, bonjour. Merci d'être venu. Ce serait bien, un débat un peu franc, vous voyez, n'hésitez pas à en faire trop. Mince.
Antenne. Alors vous aimez ? Oui. Et il faut expliquer. Libiot n'aime pas, enfin il le prétend, et puis devant mon manque de pugnacité finit par m'aider à défendre le film. Cinq minutes de phrases estropiées, je souris tout le temps comme m'a dit l'attachée de presse, tout le monde est très gentil avec moi, Lou Ravi.  Démaquillage, re-taxi.
Je souris encore en remontant la Seine. Dodo JB.

PS du 21 février :
J'ai regardé l'émission, hier soir. Nous avons été coupés.

mardi 16 février 2010

Amusante...

... la gêne de Jacques Audiard quand on loue son talent à filmer une prison (Le masque et la plume de dimanche dernier).

Il s'en fiche de la prison, dit-il, ce n'est pas le sujet d'Un Prophète - et il ironise à juste titre sur ceux de ses laudateurs qui n'y ont jamais mis les pieds.

Lui se voit cinéaste de fiction, pas documentariste. Artiste. Expert en cinéma.

Il dit que son film n'est pas une success story comme beaucoup l'ont cru, que c'est un malentendu : Malik sourit à la fin parce qu'il va enfin avoir une famille, un foyer. Au début du film, ajoute Audiard, on le décrivait comme un SDF.

Le problème, c'est que tout le monde a oublié ce détail. Audiard cite le bonus de Taxi driver, où l'on se rencontre que Schrader et Scorsese, ses auteurs, lui donnaient un tout autre sens que celui que lui prêtaient ses nombreux admirateurs.

Le succès est toujours un malentendu, dit-on.

 
Ce film n'est décidément pas génial, malgré tout, les prix, les récompenses, pense-t-on une fois de plus. Que signifie-t-il donc ?

Que l'homme est un loup pour l'homme ? Ou que la prison était le lieu idéal pour Jacques Audiard, qui n'aime rien tant que les films où des mâles dans une cage se bouffent les uns les autres ?

lundi 15 février 2010

L'histoire (1)

Les critiques de cinéma ont le même problème que les critiques littéraires : ils disent toujours qu'ils se fichent de l'histoire et que seul le "style" - mot sur lequel il faudra revenir tantôt - leur importe (oui, le sens naît de la forme, ok, on sait). Seulement quand ils tombent sur une histoire très forte, ils ont tendance à oublier très vite le style, la forme.

Un critique littéraire pourrira Marc Lévy pour son écriture (à juste titre), mais vantera Philippe Djian, alors que fondamentalement, ils font le même boulot : ils racontent des histoires avec méthode, technique et application. Mais Philippe Djian écrit mieux. De là à dire que le sens y naît de la forme...

A history of violence est une sacrée histoire. Bien racontée. Avec "style" - putain de mot, vraiment. Mais on pourrait raconter la même chose avec des mots.

vendredi 12 février 2010

Affolement (2)

Non, Monsieur. C'est du devoir du journaliste de filtrer, de savoir choisir ce qu'il convient de répéter ou pas. Ne vous dédouanez pas de votre responsabilité, des devoirs qui incombent à votre profession (que nous importe ce que vous en pensez, si vous la désiriez même, c'est votre affaire - vous avez une carte de presse, non ?). C'est à vous d'aider les gens que vous interviewez à s'exprimer du mieux possible. Arrêtez donc de vous plaindre, et travaillez ! Vous avez lu votre papier sur Le Temps des grâces, le documentaire de Dominique Marchais ? Je n'ai rien compris, et la personne qui a écrit le chapeau non plus puisqu'il décrit fort mal le film dont il est question. Occupez-vous donc de vos affaires, de ce qui dépend de vous (relisez Epictète, merde !). Tenez-le vous pour dit.

mercredi 10 février 2010

Affolement

J'écris très vite ce post. Hier, j'interviewe un acteur anglo-saxon qui me raconte, avant même que je lui aie posé la moindre question, qu'il a profité de son séjour à Paris, entre deux campagnes de promotion, pour prendre des cours de français à l'Alliance française, parce que son épouse et ses enfants parlent le français. Je lui fais part de mon approbation et il ajoute aussitôt : "Mais n'en parlez pas dans votre article". J'acquiesce.
Depuis hier, je me demande bien pourquoi il ne souhaite pas que j'écrive dans mon papier (à vrai dire, je n'en vois pas vraiment l'intérêt) qu'il tente de perfectionner son français. Il ne veut pas que je fasse de la pub pour l'Alliance française ? Il veut faire une surprise à ses proches ? Et s'il m'avait menti ? Bref, je me perds dans des délires d'un intérêt assez invisible.
La vraie question est : pourquoi une célébrité raconte-t-elle à un journaliste des choses qu'elle ne souhaite pas voir publier ? Pour l'amadouer, créer une fausse complicité ? Je me souviens d'une actrice qui m'avait tout dit de sa psy (son nom, son adresse, son prix, sa vie ou ce qu'elle en savait), et qui m'avait glissé avant de se rendre à sa séance du jour qu'elle ne savait vraiment pas quoi lui raconter, comme si elle attendait de moi que je le lui dise. Que faire de ces confidences exagérées ? Comment ne pas croire qu'elle souhaitait vraiment que tout ce qu'elle me disait soit publié ?
Nous devrions refuser le "off", exiger des interviewés qu'ils ne disent que ce qu'ils assument de dire.
En dehors de cela, il était charmant.

mardi 9 février 2010

Métalangage, qu'i' disent.

Des mots pour décrire les images (éventuelles) et les sons (éventuels), certes, mais aussi pour dire ce que ces images et ces sons disent qui n'est pas dit tout en étant là.
On notera surtout que se tient, derrière la phrase précédente, d'une risible banalité, l'idée qu'un film peut éventuellement être dépourvu d'image et de son tout en étant un film, du moment qu'il y a une bande qui défile dans un projecteur.
Comprenne qui peut.