De cette interview (pas très passionnante, je dois le reconnaître) de Woody Allen, je garde surtout le souvenir du décor.
C'était la première fois que je mettais les pieds au Ritz - depuis, bien sûr, j'y vis à l'année.
Quand l'attachée de presse (la publiciste, disent les Américains, je crois) ouvrit la porte pour me faire entrer, je compris pourquoi elle avait tenu à m'accompagner.
Le salon était gigantesque. Au fond, un énorme canapé, avec un petit monsieur dont je ne distinguais pas bien les traits. On aurait dit un gardien au milieu de ses buts.
Après un petit quart d'heure de marche, je finis par le rencontrer : c'était bel et bien Woody Allen, dans une jolie chemise bleue. Il était bien urbain, dois-je dire.
Je le fis sourire à un moment. Il était en train de parler des gens qui mangent trop, et, par réflexe, je rentrais aussitôt mon ventre (je souffrais d'un léger embonpoint). Mais tout cela est dans le petit texte d'introduction de l'interview et n'a guère d'intérêt.
Non, ce qui me reste de cette interview, c'est l'image de ce petit New-yorkais assis dans un grand canapé Louis XVI posé au fin fond d'un salon digne de Versailles.
Nota Bene : Pourquoi les journalistes se flattent-ils toujours de rencontrer des gens célèbres ? Certains, je les connais, vivent dans l'illusion qu'ils ont fait copain-copain avec ces gens. Ils les appellent désormais par leur prénom, alors que leur interlocuteur a déjà oublié leur visage. Mais il me semble aussi que l'orgueil ne se situe pas seulement dans le fait de les avoir rencontrés, mais dans celui que ces célébrités (parmi lesquelles de grands esprits parfois), aient daigné leur accorder quelques minutes de leur vie. On se réjouit d'être entré dans la biographie d'un grand homme, en quelque sorte. Si un jour un futur petit Kubrick tente de reconstituer jour par jour la vie de ce people, il tombera sur nous, se dit-on. Nous voici dans l'Histoire. Vanitas.
Procrastinations, tergiversations et ratiocinations vagues d'un critique de cinéma (existent en toutes tailles)
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jeudi 7 avril 2011
Woody Allen au Ritz
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dimanche 7 février 2010
Un bon art est un art mort : la question du théâtre
Je n'aime pas le théâtre parce que j'ai toujours peur qu'on m'y prenne à partie. Qu'un acteur s'en prenne soudain à moi sans prévenir, ou même qu'il m'intègre à sa mise en scène.
Au théâtre, la frontière entre la fiction et le réel est trop mince, trop poreuse et n'assure aucune sécurité. Le cinéma vous laisse tranquille.
Il faut ajouter que j'ai découvert le théâtre dans les années 70, une époque où la participation du spectateur au spectacle était à la mode. Je n'en ai gardé aucune haine, juste quelques traumatismes (la nudité sur scène était aussi tendance).
Je me souviens quand même de Cyrano de Bergerac à la Comédie Française (qui avait migré au Palais des Congrès pour l'occasion), je pense en 1975, de ce moment où un chapeau de mousquetaire, échappé de la main d'un figurant, roulait lentement sur l'avant-scène vers le public ; de la panique qui s'empara alors de trois jeunes cadets de Gascogne, qui se jetèrent littéralement sur la chapeau avant qu'il n'atterrisse dans la salle. Je me suis longtemps demandé la cause de leur précipitation : risquaient-ils une bonne engueulade, ou même une punition ou une amende ? Où avaient-ils eux aussi peur que l'imaginaire se mêlât soudain au giscardisme des seventies ?
La rose pourpre du Caire de Woody Allen est incompréhensible : cette idée de faire sortir les personnages de l'écran n'est vraiment pas un fantasme, mais un cauchemar de cinéphile.
Dali disait je crois qu'il ne demandait qu'une chose à une statue : qu'elle ne bouge pas. Je ne demande qu'une chose à des personnages de film : qu'ils demeurent à l'écran.
Au théâtre, la frontière entre la fiction et le réel est trop mince, trop poreuse et n'assure aucune sécurité. Le cinéma vous laisse tranquille.
Il faut ajouter que j'ai découvert le théâtre dans les années 70, une époque où la participation du spectateur au spectacle était à la mode. Je n'en ai gardé aucune haine, juste quelques traumatismes (la nudité sur scène était aussi tendance).
Je me souviens quand même de Cyrano de Bergerac à la Comédie Française (qui avait migré au Palais des Congrès pour l'occasion), je pense en 1975, de ce moment où un chapeau de mousquetaire, échappé de la main d'un figurant, roulait lentement sur l'avant-scène vers le public ; de la panique qui s'empara alors de trois jeunes cadets de Gascogne, qui se jetèrent littéralement sur la chapeau avant qu'il n'atterrisse dans la salle. Je me suis longtemps demandé la cause de leur précipitation : risquaient-ils une bonne engueulade, ou même une punition ou une amende ? Où avaient-ils eux aussi peur que l'imaginaire se mêlât soudain au giscardisme des seventies ?
La rose pourpre du Caire de Woody Allen est incompréhensible : cette idée de faire sortir les personnages de l'écran n'est vraiment pas un fantasme, mais un cauchemar de cinéphile.
Dali disait je crois qu'il ne demandait qu'une chose à une statue : qu'elle ne bouge pas. Je ne demande qu'une chose à des personnages de film : qu'ils demeurent à l'écran.
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