"C'est un vrai problème"
"C'est un acteur incroyable. Il est très bien"
"C'est un film de liberté et de cinéma"
"C'est pas déplaisant ni inintéressant"
"C'est très français"
Etc.
Etc
etc
...
..
.
Procrastinations, tergiversations et ratiocinations vagues d'un critique de cinéma (existent en toutes tailles)
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dimanche 26 juin 2011
Parler pour ne rien dire
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jeudi 7 avril 2011
Woody Allen au Ritz
De cette interview (pas très passionnante, je dois le reconnaître) de Woody Allen, je garde surtout le souvenir du décor.
C'était la première fois que je mettais les pieds au Ritz - depuis, bien sûr, j'y vis à l'année.
Quand l'attachée de presse (la publiciste, disent les Américains, je crois) ouvrit la porte pour me faire entrer, je compris pourquoi elle avait tenu à m'accompagner.
Le salon était gigantesque. Au fond, un énorme canapé, avec un petit monsieur dont je ne distinguais pas bien les traits. On aurait dit un gardien au milieu de ses buts.
Après un petit quart d'heure de marche, je finis par le rencontrer : c'était bel et bien Woody Allen, dans une jolie chemise bleue. Il était bien urbain, dois-je dire.
Je le fis sourire à un moment. Il était en train de parler des gens qui mangent trop, et, par réflexe, je rentrais aussitôt mon ventre (je souffrais d'un léger embonpoint). Mais tout cela est dans le petit texte d'introduction de l'interview et n'a guère d'intérêt.
Non, ce qui me reste de cette interview, c'est l'image de ce petit New-yorkais assis dans un grand canapé Louis XVI posé au fin fond d'un salon digne de Versailles.
Nota Bene : Pourquoi les journalistes se flattent-ils toujours de rencontrer des gens célèbres ? Certains, je les connais, vivent dans l'illusion qu'ils ont fait copain-copain avec ces gens. Ils les appellent désormais par leur prénom, alors que leur interlocuteur a déjà oublié leur visage. Mais il me semble aussi que l'orgueil ne se situe pas seulement dans le fait de les avoir rencontrés, mais dans celui que ces célébrités (parmi lesquelles de grands esprits parfois), aient daigné leur accorder quelques minutes de leur vie. On se réjouit d'être entré dans la biographie d'un grand homme, en quelque sorte. Si un jour un futur petit Kubrick tente de reconstituer jour par jour la vie de ce people, il tombera sur nous, se dit-on. Nous voici dans l'Histoire. Vanitas.
C'était la première fois que je mettais les pieds au Ritz - depuis, bien sûr, j'y vis à l'année.
Quand l'attachée de presse (la publiciste, disent les Américains, je crois) ouvrit la porte pour me faire entrer, je compris pourquoi elle avait tenu à m'accompagner.
Le salon était gigantesque. Au fond, un énorme canapé, avec un petit monsieur dont je ne distinguais pas bien les traits. On aurait dit un gardien au milieu de ses buts.
Après un petit quart d'heure de marche, je finis par le rencontrer : c'était bel et bien Woody Allen, dans une jolie chemise bleue. Il était bien urbain, dois-je dire.
Je le fis sourire à un moment. Il était en train de parler des gens qui mangent trop, et, par réflexe, je rentrais aussitôt mon ventre (je souffrais d'un léger embonpoint). Mais tout cela est dans le petit texte d'introduction de l'interview et n'a guère d'intérêt.
Non, ce qui me reste de cette interview, c'est l'image de ce petit New-yorkais assis dans un grand canapé Louis XVI posé au fin fond d'un salon digne de Versailles.
Nota Bene : Pourquoi les journalistes se flattent-ils toujours de rencontrer des gens célèbres ? Certains, je les connais, vivent dans l'illusion qu'ils ont fait copain-copain avec ces gens. Ils les appellent désormais par leur prénom, alors que leur interlocuteur a déjà oublié leur visage. Mais il me semble aussi que l'orgueil ne se situe pas seulement dans le fait de les avoir rencontrés, mais dans celui que ces célébrités (parmi lesquelles de grands esprits parfois), aient daigné leur accorder quelques minutes de leur vie. On se réjouit d'être entré dans la biographie d'un grand homme, en quelque sorte. Si un jour un futur petit Kubrick tente de reconstituer jour par jour la vie de ce people, il tombera sur nous, se dit-on. Nous voici dans l'Histoire. Vanitas.
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mercredi 23 mars 2011
Les cadres
Un type au téléphone dans le métro : "Philippe, il faudrait le recadrer".
Les cinéastes cadrent, ou font cadrer.
Certains surcadrent (dixit Jean-François Rauger dans un article sur Hanabi de Kitano).
D'autres "encadrent" (dixit Godard de tous les cinéastes vivants - qu'il n'a jamais pu encadrer).
Il y a peut-être aussi les cinéastes qui recadrent. Qui recadrent les acteurs, les techniciens. Les cinéastes qui corrigent.
Quelle horreur, non ?
Ce sera sans doute le sujet d'un article que je n'écrirai jamais pour Trafic (j'en baille d'avance - pas de Trafic, de l'article).
Les cinéastes cadrent, ou font cadrer.
Certains surcadrent (dixit Jean-François Rauger dans un article sur Hanabi de Kitano).
D'autres "encadrent" (dixit Godard de tous les cinéastes vivants - qu'il n'a jamais pu encadrer).
Il y a peut-être aussi les cinéastes qui recadrent. Qui recadrent les acteurs, les techniciens. Les cinéastes qui corrigent.
Quelle horreur, non ?
Ce sera sans doute le sujet d'un article que je n'écrirai jamais pour Trafic (j'en baille d'avance - pas de Trafic, de l'article).
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lundi 7 mars 2011
Boxe avec Coppola
J'ai rencontré deux fois Francis Ford Coppola dans ma vie.
La première fois à Cannes, où il présentait Tetro. Interview très courte sur la terrasse de la Quinzaine des Réalisateurs. Homme charmant, pressé, un peu trop peut-être, précédant les questions que je ne voulais pas lui poser. Mais impeccable, curieux, surprenant (il a fait l'éloge de la couleur de mon polo : violet).
La seconde fois, ce fut une catastrophe. J'étais avec mon camarade JJG dans une suite de palace à Paris. En fait, Coppola ne voulait pas une interview. Il voulait qu'on lui rentre dans le lard (c'est une image). On ne s'y attendait pas, on n'était pas en forme, j'ai paniqué (on panique facilement devant les gens qu'on admire), le gros barbu m'a renvoyé une question dans les gencives, JJG est intervenu, il nous a bien défendus (je perdais le peu d'anglais que j'ai dans la fuite), mais notre proie était fort déçue. Il nous a demandé pour quel journal on écrivait. Le cauchemar.
Et puis Francis Ford Coppola nous a fait un truc tordu. Il nous a demandé (sommé ?) de lui poser une question bien dérangeante, compliquée, le mettant en porte-à-faux, en difficulté, le faisant trembler sur ses bases. Un truc qui le ferait transpirer, a-t-il ajouté en montrant son front de son index boudiné (il me fait penser à mon père).
Un vrai défi, le truc impossible dans notre état. Je crois même qu'il serrait le poing en attendant l'attaque.
Je me suis revu vingt ans plus tôt face à un prof de la Sorbonne qui voulait me laisser une dernière chance : "Dites-moi quelque chose d'intéressant sur un sujet qui vous intéresse"... Le truc de pervers. Argh. Pas ça, Francis, pitié.
Il nous a dit aussi qu'il en avait marre qu'on le respecte, qu'on lui parle comme à un vieux. Mais comment agresser un type qu'on admire autant ? Comment le lui faire comprendre ? Le temps filait.
On s'est débrouillé. J'ai oublié la suite (je veux oublier la suite).
On s'est pas compris. Raté. Rater une rencontre avec Francis Coppola (j'en frémis encore). Pfff... Le pire, c'est qu'on a quand même réussi à en sortir quelque chose pour le journal, je ne sais pas comment.
Mon plus gros échec. En même temps, ça fait un souvenir spécial. Cuisant, mais spécial.
Attends un peu, Francis, tu verras la prochaine fois. Tu veux de la baston ? On va pas te rater, crois-moi. T'as intérêt à venir avec un casque et une armure. Compris ?
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lundi 6 décembre 2010
vendredi 17 septembre 2010
Claude Chabrol
Paul Gégauff (1922-1983), pour ceux qui l'ignoreraient, fut l'ami de Chabrol, de Godard, de Vadim, de Maurice Ronet ou de Johnny Hallyday, mais fut d'abord et avant tout celui de Rohmer, dès la Libération de Paris. Ecrivain chez Minuit, il devient scénariste et collabora avec Chabrol sur treize films, si je me souviens bien, dont Les Cousins, Les Bonnes Femmes, Que la bête meure, Une partie de plaisir (film rare adoré des sadomasochistes et dans lequel il jouait son propre rôle). C'était un homme de droite, une sorte de play-boy feignant issu de la bourgeoisie industrielle alsacienne. Provocateur. Il est mort assassiné par sa jeune femme, transpercé de coups de couteau un soir de Noël. L'affreux Eric Neuhoff parle de lui dans un de ses derniers bouquins - je n'ai pas lu.
En 1990, j'ai écrit un mémoire de maîtrise sur Paul Gégauff, qui m'a valu un prix. Il a circulé. Je ne m'intéresse plus à Gégauff.
Mais j'ai un jour parlé de Gégauff avec Chabrol, et il me raconta qu'il avait appris la mort de Gégauff alors qu'il se trouvait aux toilettes avec son poste de radio. Et que sa première réaction avait été physique : il avait vomi...
Voilà. Je voulais juste dire cela aujourd'hui sur Chabrol (on l'enterre tout à l'heure), non pour que vous imaginiez la scène, non pour le ridiculiser, mais parce que - c'est ça qui est bien sur les blogs, on peut écrire des phrases sans conclusion.
(Sinon, Jean-Baptiste Morain a écrit un peu vite une nécro de Chabrol dans les Inrocks. Comme d'habitude dans les papiers de ce type pas fiable, il contient au moins une erreur factuelle : Chabrol n'est pas du tout le premier à avoir écrit dans les Cahiers, puisque Rivette, au moins lui, a publié son premier article en février 1953, et Chabrol seulement en novembre 1953) :
« Le con ! » : c’est par ces mots qu’en 2003 Claude Chabrol avait réagi quand le hasard avait voulu que nous fussions les premiers à lui annoncer la mort du producteur Daniel Toscan du Plantier. La phrase dans sa bouche n’avait rien d’une insulte, mais quelque chose de populaire et d’affectueux.
Chabrol n’avait pas peur de déroger et allait volontiers faire son histrion dans les médias (il en avait compris tous les ressorts spectaculaires) : c’est le seul cinéaste digne de ce nom qu’on vit un soir, déjà septuagénaire, se mettre une plume dans le cul dans une émission de Fogiel ! Chabrol expliquait toujours qu’il était comme il se montrait, qu’il n’avait rien à cacher. Ah oui ? Tout son cinéma, fort noir, criait le contraire… On voulait bien croire que son goût pour la bonne chère fût réel, mais il avait suffisamment l’art et la manière de le mettre en avant, avec ses airs matois et gourmands, pour qu’on ait l’idée qu’il dissimulait pleins de tourments derrière. On sentait que sous ses divers masques de sincérité, il y avait un homme qui carburait du ciboulot, qui jetait un regard fort critique et effrayé sur le monde et l’humanité. Il riait beaucoup et c’était toujours le même océan qui était la cause de son hilarité jaune : la « connerie » humaine, si vaste et toujours recommencée, masse indistincte et opaque mêlant les vagues de la folie aux courants froids de la bêtise.
Mais le côté potache de Chabrol ne correspondait pas forcément à l’image que se font les gens d’un grand cinéaste. Conséquence : beaucoup ne le prenaient pas au sérieux. Pourtant ce fils de pharmacien parisien avait une haute idée du cinéma, et aussi du sien. Il l’eut même très tôt. Car, des futurs grands cinéastes de la « Nouvelle Vague » (Rohmer, Godard, Truffaut, Rivette), on peut dire qu’il fut souvent le premier : le premier des jeunes cinéphiles des années 50 (si l’on excepte Rohmer, plus vieux de dix ans) à écrire dans les Cahiers du cinéma d’André Bazin (dès novembre 1953). Le premier à écrire (avec Rohmer) un livre sur Hitchcock et à crier que ce cinéaste « commercial » était un génie ; le premier à devenir attaché de presse de la Fox (où ses amis lui succédèrent) et surtout, avant Truffaut et ses Quatre cents coups ou Godard et A bout de souffle, le premier de la bande des Jeunes turcs à ouvrir la voie en réalisant un long-métrage, Le Beau Serge, en 1958, interprété par deux acteurs majeurs de la Nouvelle Vague , Jean-Claude Brialy et Bernadette Lafont. Et enfin, le premier et seul cinéaste français d’après-guerre à réaliser autant de films : contre vents et marées, par tous les moyens (même les plus vils), avec des hauts et des bas (les Tigres dans les années 60, mais aussi des films d’auteur à succès dans les années 70), il enchaîna les films sans véritable pause, soit plus de 70 films (dont une bonne dizaine de téléfilms).
Toujours le premier, mais jamais d’avant-garde. Par timidité sans doute, à cause de cette lucidité exagérée qui vous oblige à l’humilité, il décida très tôt qu’il ne ferait jamais un chef d’œuvre et que – puisqu’il aimait le cinéma et faire des films par-dessus tout - il ne lui restait plus qu’à faire une œuvre, « à la Simenon, à la Balzac » dit-on toujours, accumulant les pierres les unes après les autres. C’est ce qu’il fit. Et là il ne riait plus. Dans les meilleurs moments, il dressa de la France un portrait qui restera comme l’une des meilleures photographies de notre époque : confite dans ses rites et son hypocrisie bourgeoise, qu’il savait si bien décrire, souvent avec chagrin (notamment dans les derniers). Mais, surtout, il le fit avec art, avec un souci permanent de la forme, de la composition de plan, du détail, hérité de son maître absolu qu’était Fritz Lang, sans son absolue rigueur. Mais il montrait aussi, parfois aux frontières du fantastique, la bêtise qui dirige les individus, la folie à laquelle les pousse parfois une sexualité refoulée, sans moyen d’y échapper : car s’il refusait de pénétrer les âmes (l’inconscient), il savait en mettre en scène les manifestations extérieures (souvenez-vous des regards perdus de l’immense Stéphane Audran - son épouse et son actrice sur 25 films). Et il réalisa, contrairement à ce qu’il voulait bien dire, de vrais chef d’œuvres : Les Bonnes femmes, Que la bête meure, Le Boucher, Les Biches, La femme infidèle, Inspecteur Lavardin, La Cérémonie, et plus récemment La Demoiselle d’honneur et l’admirable La fille coupée en deux : deux films torrides qui mettaient en scène des jeunes gens (il offrit à Ludivine Sagnier, Laura Smet et Benoît Magimel leurs plus beaux rôles). Et son dernier films, très étrange, presque fragile, Bellamy, avec un Depardieu immense à nouveau. Chabrol est mort la même année qu’Eric Rohmer, le « Grand Momo » dont la disparition l’avait tant touché. Les cons !
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samedi 8 mai 2010
Faut-il se réjouir d'aller à Cannes ?
Tout dépend de vous.
Si vous aspirez au calme, non.
Si vous aimez la foule, oui.
Si vous aimez faire la queue, oui.
Si vous aimez les vigiles FN à chaîne en or, oui.
Si vous aimez la démocratie, non.
Si vous aimez les films, oui, malgré tout.
Si vous aimez la plage, non.
Si vous voulez dormir beaucoup, ça dépend : vous préférez dans un lit ou dans une salle ?
Si vous voulez manger correctement : attention, mais c'est possible.
Si vous aimez tout le monde : oui.
Si vous aimez le champagne : paradis sur terre pour les alcooliques mondains radins ou sans le sous.
Le dénommé Gaspar Noé définissait ainsi Cannes, il y a quelques jours : "C'est Sodome et Gomorrhe".
N'exagérons rien.
Si vous aspirez au calme, non.
Si vous aimez la foule, oui.
Si vous aimez faire la queue, oui.
Si vous aimez les vigiles FN à chaîne en or, oui.
Si vous aimez la démocratie, non.
Si vous aimez les films, oui, malgré tout.
Si vous aimez la plage, non.
Si vous voulez dormir beaucoup, ça dépend : vous préférez dans un lit ou dans une salle ?
Si vous voulez manger correctement : attention, mais c'est possible.
Si vous aimez tout le monde : oui.
Si vous aimez le champagne : paradis sur terre pour les alcooliques mondains radins ou sans le sous.
Le dénommé Gaspar Noé définissait ainsi Cannes, il y a quelques jours : "C'est Sodome et Gomorrhe".
N'exagérons rien.
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