Ce
constat, partagé une fois de plus par de nombreux festivaliers, ne concerne pas
que le festival officiel. Ceux qui veulent accéder aux projections des sections
parallèles principales – La Quinzaine des Réalisateurs et la Semaine de la
Critique – rencontrent le même problème : si vous n’avez pas la
« bonne » accréditation et si vous n’arrivez pas une bonne demi-heure
plus tôt que les années précédentes, vous n’avez aucune garantie de pouvoir
entrer dans la salle. Votre serviteur, qui depuis dix ans arrivait au moins
trente minutes avant le début des projections de presse du soir pour être placé
dans la file, a décidé dès le deuxième jour de ce 66e festival
d’arriver un quart d’heure plus tôt pour ne pas se retrouver en fin de queue.
Ce qui raccourcit d’autant le temps passé à écrire.
Bref,
les salles n’ayant pas changé de taille, il devient évident que le problème
réside dans l’augmentation du nombre de gens autorisés à voir les films. Aux
acheteurs et aux professionnels réunis à cannes, il faut évidemment ajouter les
4800 journalistes venus du monde entier couvrir le festival. Il semblerait que
de nombreux bloggers aient été accrédités cette année. Ce qui est évidemment
une bonne chose et un geste d’ouverture tout à fait pertinent, à condition que
l’intendance suive. Or ce n’est pas le cas.
Les
infrastructures de l’ensemble du festival deviennent donc d’année en année plus
inconfortables, trop à l’étroit : il y a un problème de place, à Cannes. Le
problème n’est pas nouveau (les dirigeants de la Quinzaine et de la Semaine,
qui n’ont chacun qu’une seule salle, bien trop petite, surtout à la Semaine,
sont depuis des années bien conscients du problème), mais il s’est accentué
exagérément en 2013 jusqu’à devenir insupportable, mettant en péril l’ambiance
du festival. Et sans doute aussi ses conditions de sécurité. Comment
faire ?
Une
petite piste. On le sait bien : Gilles Jacob rêve depuis des années de
fonder à Cannes une « cité du cinéma », sorte de conservatoire
international de cinéma ou de cinémathèque française bis. Or tout Cannois vous
le dira, la ville n’existe pour le cinéma que pendant quinze jours par an. Qui
aura l’idée ou l’envie de se déplacer à Cannes et d’y vivre pour accéder aux
services cette « cité du cinéma » ? Ne serait-il pas plus
pertinent d’agrandir le festival : de construire un nouveau palais pour la
sélection officielle (compétition et section Un certain regard), de nouvelles
salles pour les sélections parallèles (Quinzaine, Semaine mais aussi ACID) ?
Enfin,
pour aller jusqu’au fond du problème, abordons un phénomène qui est le plus
souvent tu - parce qu’il arrange beaucoup de monde et parce que le Festival
n’aime guère qu’on critique son fonctionnement – mais qui se trouve accentué
par la situation actuelle. Ne serait-il pas aussi temps, à l’image de deux
grands autres festivals de cinéma européens que sont Venise et Berlin, de
revoir les critères d’attribution des accréditations ? Cannes est le seul
festival où les journalistes, par exemple, sont accrédités en fonction de la
notoriété supposée que le festival leur accorde, à eux et non à leur journal.
Plus vous êtes connu (selon les accréditeurs), plus vous avez de chance
d’obtenir une bonne accréditation, qui vous garantira d’accéder toujours aux
projections et aux meilleures places. Si vous n’êtes pas connu, entrer dans une
salle peut s’avérer un véritable calvaire, ne serait-ce que parce que vous ne
pouvez entrer dans une salle qu’une fois que les « stars » sont
passées devant. Et comme il y en a de plus en plus...
Certains
journalistes, venus seuls pour représenter leur rédaction et couvrir le
festival, se retrouvent avec des accréditations minables qui les empêchent de
travailler correctement. Ils ont beau, depuis des années, réclamer un meilleur
sort, leurs demandes restent la plupart du temps lettre morte. Petite
humiliation spécifique au festival de Cannes, qui, il faut bien le dire,
travaille dans l’arbitraire et l’impunité. Tout le monde sait également, que
des gens qui ne sont pas ou plus du tout journalistes bénéficient de très
bonnes accréditations presse… Que par le système de
« l’accompagnant » (la compagne ou le compagnon d’un festivalier
accrédité), des gens qui n’ont absolument rien à faire dans les salles pour des
raisons professionnelles, les remplissent néanmoins… Le manque de place actuel
détériore donc un peu plus la situation de ceux qui obtiennent une
accréditation de bas niveau, rendant leur travail proprement impossible.
Ce
système encourage en outre les phénomènes de cour et de courtisanerie… Ce n’est
pas le cas à la Mostra de Venise ou à la Berlinale de Berlin, où un journaliste
se déplaçant seul pour son support se verra automatiquement attribué une carte
d’accès qui lui permettra de couvrir au mieux le festival, sans que son nom ou
sa notoriété personnelle n’intervienne dans le choix de la remise de son
accréditation. Ne serait-il pas temps aussi d’arriver à une harmonisation
européenne des pratiques festivalières ? Surtout : n’est-il pas temps
de revoir l’organisation tout entière du festival de Cannes, avant qu’il
n’explose ?








