mercredi 22 mai 2013

Cannes est-il trop petit pour son festival ?

Reprise d'un article publié sur le site des Inrocks : http://cannes2013.lesinrocks.com/2013/05/22/cannes-est-il-trop-petit-pour-son-festival/




Depuis le début du festival de Cannes 2013, tous les participants ont pu le constater : il est de plus en plus difficile d’accéder aux projections des films. Certains passent autant de temps à regarder un film qu’à faire la queue pour le voir… Quand ils arrivent à pénétrer dans la salle…
Ce constat, partagé une fois de plus par de nombreux festivaliers, ne concerne pas que le festival officiel. Ceux qui veulent accéder aux projections des sections parallèles principales – La Quinzaine des Réalisateurs et la Semaine de la Critique – rencontrent le même problème : si vous n’avez pas la « bonne » accréditation et si vous n’arrivez pas une bonne demi-heure plus tôt que les années précédentes, vous n’avez aucune garantie de pouvoir entrer dans la salle. Votre serviteur, qui depuis dix ans arrivait au moins trente minutes avant le début des projections de presse du soir pour être placé dans la file, a décidé dès le deuxième jour de ce 66e festival d’arriver un quart d’heure plus tôt pour ne pas se retrouver en fin de queue. Ce qui raccourcit d’autant le temps passé à écrire.
Bref, les salles n’ayant pas changé de taille, il devient évident que le problème réside dans l’augmentation du nombre de gens autorisés à voir les films. Aux acheteurs et aux professionnels réunis à cannes, il faut évidemment ajouter les 4800 journalistes venus du monde entier couvrir le festival. Il semblerait que de nombreux bloggers aient été accrédités cette année. Ce qui est évidemment une bonne chose et un geste d’ouverture tout à fait pertinent, à condition que l’intendance suive. Or ce n’est pas le cas.
Les infrastructures de l’ensemble du festival deviennent donc d’année en année plus inconfortables, trop à l’étroit : il y a un problème de place, à Cannes. Le problème n’est pas nouveau (les dirigeants de la Quinzaine et de la Semaine, qui n’ont chacun qu’une seule salle, bien trop petite, surtout à la Semaine, sont depuis des années bien conscients du problème), mais il s’est accentué exagérément en 2013 jusqu’à devenir insupportable, mettant en péril l’ambiance du festival. Et sans doute aussi ses conditions de sécurité. Comment faire ?
Une petite piste. On le sait bien : Gilles Jacob rêve depuis des années de fonder à Cannes une « cité du cinéma », sorte de conservatoire international de cinéma ou de cinémathèque française bis. Or tout Cannois vous le dira, la ville n’existe pour le cinéma que pendant quinze jours par an. Qui aura l’idée ou l’envie de se déplacer à Cannes et d’y vivre pour accéder aux services cette « cité du cinéma » ? Ne serait-il pas plus pertinent d’agrandir le festival : de construire un nouveau palais pour la sélection officielle (compétition et section Un certain regard), de nouvelles salles pour les sélections parallèles (Quinzaine, Semaine mais aussi ACID) ?
Enfin, pour aller jusqu’au fond du problème, abordons un phénomène qui est le plus souvent tu - parce qu’il arrange beaucoup de monde et parce que le Festival n’aime guère qu’on critique son fonctionnement – mais qui se trouve accentué par la situation actuelle. Ne serait-il pas aussi temps, à l’image de deux grands autres festivals de cinéma européens que sont Venise et Berlin, de revoir les critères d’attribution des accréditations ? Cannes est le seul festival où les journalistes, par exemple, sont accrédités en fonction de la notoriété supposée que le festival leur accorde, à eux et non à leur journal. Plus vous êtes connu (selon les accréditeurs), plus vous avez de chance d’obtenir une bonne accréditation, qui vous garantira d’accéder toujours aux projections et aux meilleures places. Si vous n’êtes pas connu, entrer dans une salle peut s’avérer un véritable calvaire, ne serait-ce que parce que vous ne pouvez entrer dans une salle qu’une fois que les « stars » sont passées devant. Et comme il y en a de plus en plus...
Certains journalistes, venus seuls pour représenter leur rédaction et couvrir le festival, se retrouvent avec des accréditations minables qui les empêchent de travailler correctement. Ils ont beau, depuis des années, réclamer un meilleur sort, leurs demandes restent la plupart du temps lettre morte. Petite humiliation spécifique au festival de Cannes, qui, il faut bien le dire, travaille dans l’arbitraire et l’impunité. Tout le monde sait également, que des gens qui ne sont pas ou plus du tout journalistes bénéficient de très bonnes accréditations presse… Que par le système de « l’accompagnant » (la compagne ou le compagnon d’un festivalier accrédité), des gens qui n’ont absolument rien à faire dans les salles pour des raisons professionnelles, les remplissent néanmoins… Le manque de place actuel détériore donc un peu plus la situation de ceux qui obtiennent une accréditation de bas niveau, rendant leur travail proprement impossible.
Ce système encourage en outre les phénomènes de cour et de courtisanerie… Ce n’est pas le cas à la Mostra de Venise ou à la Berlinale de Berlin, où un journaliste se déplaçant seul pour son support se verra automatiquement attribué une carte d’accès qui lui permettra de couvrir au mieux le festival, sans que son nom ou sa notoriété personnelle n’intervienne dans le choix de la remise de son accréditation. Ne serait-il pas temps aussi d’arriver à une harmonisation européenne des pratiques festivalières ? Surtout : n’est-il pas temps de revoir l’organisation tout entière du festival de Cannes, avant qu’il n’explose ?

mercredi 6 mars 2013

Sauvons Les Parapluies de Cherbourg !

Un message de Rosalie Varda Demy :















"Bonjour,

Les Parapluies de Cherbourg, le film de Jacques Demy, Palme d'or 1964, doit être restauré .

Nous avons besoin de réunir 25.000 € en 45 jours pour terminer les travaux techniques.
De nombreuses surprises à partager en échange des contributions !

☂ pellicule originale
☂ catalogue de l'Exposition "Le monde enchanté de Jacques Demy"
à la Cinémathèque française
☂ photos d'exploitation vintage
☂ projection privée
☂ copie 35 mm du film
☂ dîner avec les Varda-Demy...


http://www.kisskissbankbank.com/il-faut-sauver-les-parapluies-de-cherbourg


Rosalie Varda Demy"




http://www.kisskissbankbank.com/il-faut-sauver-les-parapluies-de-cherbourg

mardi 29 janvier 2013

Les Inrocks - Contre "Zero Dark Thirty" : film sans conscience n’est que ruine de l’âme

Les Inrocks - Contre "Zero Dark Thirty" : film sans conscience n’est que ruine de l’âme




Près de 120 ans après son invention, peut-on encore considérer le cinéma 
comme un simple divertissement ? N’a-t-il jamais été que ça, d’ailleurs ? Le nouveau film de Kathryn Bigelow pose des problèmes moraux (et oui). On ne peut pas faire un film sur Ben Laden en faisant abstraction de tout discours politique.

On nous présente ici ou là dans la presse française le nouveau film de Kathryn Bigelow comme un chef d’œuvre, en utilisant la plupart du temps des arguments aisément retournables, ou plus précisément les mêmes arguments qui, il y a dix ou quinze ans, auraient suffi pour qu’on le vouât aux gémonies de la critique. Lesquels ?
L’inhumanité et l’absence totale de conscience politique des personnages : obsédés par une seule idée, tuer Ben Laden, ils ne seraient même pas antipathiques. Ce qui rendrait les scènes de tortures encore plus insupportables (comme si un bourreau pouvait être sympathique… Quelle drôle d’idée). Leur indifférence à la souffrance d’autrui (celle de l’Arabe, de cet autre qui en restera toujours un, incompréhensible, au regard de Bigelow) serait une qualité de mise en scène. L’ascétisme, on appelle ça, n’est-ce pas… Ils n’ont pas de sexualité ? Génial. Et dire qu’on reprochait à Verhoeven d’avoir réalisé avec Starship Troopers un film fasciste sous prétexte que des soldats hommes et femmes y partageaient les mêmes douches…

Un film sans conscience politique, ni morale
L’absence de parti pris de la mise en scène ? C’est justement le problème. Kathryn Bigelow tourne un film soi-disant très documenté, très bien informé, censé rendre compte au plus près de la réalité. Un peu plus, et on nous parlerait de néo-réalisme… Foutaise ! Comment montrer cette réalité avec moins d’empathie, moins de distance et de capacité d’analyse ? Jamais au grand jamais, dans le film, le moindre personnage ne se demande si le fait de tuer Ben Laden a un quelconque fondement légal ou moral… Cela va de soi. Or non, pour un artiste, rien ne devrait aller de soi. Quand les agents secrets apprennent que la torture est désormais interdite par Obama, ils s’en désespèrent. Comment faire maintenant, pour travailler ?
Je ne sais si la réalisatrice est une redoutable républicaine ou une bonne démocrate. Mais si les deux partis américains s’en sont pris à son film, c’est pour une bonne et simple raison : son discours n’est pas clair, il ouvre la porte à toutes les interprétations, y compris aux pires (l’acceptation d’une justice sans justice, de la vengeance d’Etat). En réalité, je crois que Kathryn Bigelow n’a aucune opinion politique sur rien. Son film n’a ni conscience politique, ni morale. Mais a-t-on le droit de parler de la mort d’un personnage comme Ben Laden comme s’il s’agissait de celle d’un personnage de fiction ?
On nous vante l’unidimensionnalité du personnage principal interprété par Jessica Chastain : son opiniâtreté, sa détermination. Depuis quand le monolithisme d’un personnage est-il une qualité ? Quel intérêt, sinon celui d’arranger les affaires des scénaristes ? D’autre part, rien de plus “cliché” dans le cinéma américain, que l’histoire du “petit” qui a raison contre tout le monde, de l’individu seul et pur contre la société corrompue, déjà vu 10 000 fois. C’est un fantasme typiquement américain. Une idéologie américaine.
Aucun aspect mythologique, vraiment ?
On en vient par là-même au pompon : le film, contrairement aux films de guerre américains habituels, éviterait tout aspect mythologique, tout discours métaphysique. C’est tout simplement faux. Qu’est donc ce long travelling aérien final baigné de violons larmoyants autour d’un hélicoptère en flammes, sinon une belle image allégorique, un décor qu’on croirait sorti tout droit d’un opéra de Wagner, entre sidération devant le désastre de la guerre et purification par le feu ? Qu’est-ce donc que la traque de Ben Laden, sinon la poursuite du minotaure au fin fond du labyrinthe de Dédale ? Que sont donc ces commandos américains body-buildés et musclés, sinon des héros antiques ?
A vrai dire, tous les arguments fallacieux avancés par la critique pro-Zero Dark Thirty ne seraient guère gênants, et cette fascination pour un film d’action pareil à tous les films d’action (mais vaguement intellectuel) serait juste risible, si elle n’en cachait une autre, de fascination, plus difficile à traiter, plus gênante, qui est le vrai sujet du film de Bigelow, comme il est celui de tous ses films : l’addiction à la violence qui transpire, la fascination pour le glamour viril, la testostérone luisante des guerriers et des bad-boys, l’adrénaline de la guerre, sans qui celle-ci n’existerait plus depuis longtemps. Sujet passionnant, géant, qui est vraiment au cœur du cinéma de Bigelow. Mais pourquoi nous en détourner pour essayer de nous vendre autre chose que le discours ultramarketé de la réalisatrice ?
Jean-Baptiste Morain

dimanche 20 janvier 2013

Le droit d'expression

Révélations : tout le monde n'aurait pas droit à la parole. Ici et là, on lit dans les journaux, on entend à la radio où à la télévision des hommes et des femmes de médias se plaindre de la mode des blogs, de la tendance au commentaire, de ce monde où tout le monde voudrait et peut désormais faire entendre sa voix.
Mais qui devrait décider de qui a le droit de parler et de qui doit se taire ? Ces gens de médias ? Mais d'où tirent-ils ce droit de s'exprimer, eux ? De leur contrat de travail. La belle affaire. Le beau droit. Si les artistes et les écrivains devaient se demander s'ils ont une quelconque légitimité à créer, ils ne feraient jamais rien. Rassurons ces gros jaloux, la loi du marché fait le tri. Super.

globometer cinéma